Historique

A Grenoble, après une première phase de recherche à partir de 2000 pour connaître les problématiques spécifiques des femmes en errance, l’association Femmes SDF se construit autour d’un objectif central : avec les femmes concernées, sensibiliser le grand public et les acteurs du champ social et politique à la question de l’errance féminine. Les femmes rencontrées souhaitent ensuite un lieu pour accueillir les femmes en errance, se réunir en sécurité, s’impliquer, trouver du soutien et une écoute : l’accueil de jour Le local des femmes est créé en 2004. A partir de 2007, association choisi d’aller vers les femmes en errance à l’extérieur du Local des femmes : dans la rue et dans d’autres lieux d’accueil. En parallèle se développe l’accompagnement individuel et collectif des femmes, en lien avec de nombreux partenaires.


Qui sont les femmes en errance, les femmes sans abri, les femmes SDF ? Une recherche-action (2001-2003)

L’association Femmes SDF est créée fin 2000 par Marie-Claire Vanneuville, sociologue, et Marie-Jo Chappot, travailleuse sociale, afin de porter la réalisation d’une recherche-action autour de la question de l’errance féminine. Les fondatrices souhaitent répondre aux questions suivantes :

  • qui sont ces femmes que l’on croise au hasard des rues, qui se cachent, fuient le regard des autres, veulent passer inaperçues ?
  • Quelles sont leurs souffrances ?
  • Quel parcours, temporel et affectif, a amené ces femmes jusque-là ?
  • Sont-elles différentes de celles des hommes en galère, des hommes à la rue ?
  • Quelle est leur spécificité ?
  • Quels sont leurs modes de vie, de survie ?
  • Quels sont leurs besoins ?

Marie-Claire Vanneuville va à la rencontre de ces femmes, sur les chemins de l’errance, dans la rue et les associations qui les accueillent à Grenoble et son agglomération, ainsi qu’à Paris. Elle recueille leur parole durant deux ans et demi.

Ce travail fait l’objet d’une publication en 2003 : Femmes en errance, de la survie à l'existence. Il constitue la base de la réflexion et de l’action menées au sein de l’association.

Sensibiliser le grand public aux problématiques des femmes en errance à travers un film (2003-2004)

A la suite de la recherche-action, et afin de sensibiliser le grand public et les acteurs du champ social et politique à la question de l’errance féminine, un film est réalisé durant dix-huit mois, en 2003-2004, par Denis Ramos : Malaimance, histoires de femmes et errance. Il retrace les témoignages de cinq femmes sur les chemins de l’errance.

La création d’un accueil de jour, le « Local des femmes » (à partir de 2004)

De la recherche-action ressort le désir de créer un lieu pour se poser dans la journée, en sécurité, loin des galères de la rue : le « Local des femmes ». Il est pensé, réfléchi et ouvert avec les femmes rencontrées à cette époque : elles choisissent le local et son nom, en construisent la philosophie et les règles de vie

C’est un lieu de protection où les femmes viennent se poser, discuter, se faire du bien, réapprendre les rituels du quotidien. Un lieu qu’elles peuvent s’approprier : une occasion pour elles, avec le temps, de reprendre possession de leur propre vie.

Aller vers les femmes en errance (à partir de 2007)

Depuis 2007, nous allons vers les femmes qui ne connaissent pas le Local ou qui ne souhaitent pas venir : d’abord dans la rue avec les maraudes à partir de 2007, puis depuis 2008 dans d’autres accueils de jour de l’agglomération grenobloise et un hébergement d’urgence.

Continuer de sensibiliser, à travers une pièce de théâtre : « L’Errance est immobile » (2009-2010)

Toujours dans l’objectif de sensibiliser à la question de l’errance féminine, et afin d’apporter une lecture plus universelle, une pièce de théâtre a été créée par l’association et la compagnie L’Envol. Un travail de création d’un an et demi avec l’implication constante des femmes concernées a débouché sur un spectacle, « L’Errance est immobile ». Il a été présenté à 17 reprises et a touché 2 500 spectateurs.

Une recherche-action sur un lieu de vie avec hébergement (à partir de 2010)

Au travers des paroles, des souffrances déposées au Local, et des témoignages de ses partenaires, l’association Femmes SDF fait un constat : il existe un vide dans l’agglomération grenobloise en termes d’hébergement spécifique et adapté pour femmes seules en grande errance.

En 2010, l’association mène donc, avec la participation de femmes concernées, une recherche-action sur la création d’un lieu de vie avec hébergement pour ces femmes.

Au regard du contexte peu propice et des forces limitées de l’association, l’ouverture d’un tel lieu ne pourra se concrétiser. Ce travail de réflexion collective a permis aux femmes impliquées une forte « conscientisation » quant à leur réalité de vie, leurs difficultés, leurs potentiels, leurs besoins, leurs attentes.

Une démarche d’ouverture (à partir de 2011)

Avec l’augmentation de la précarité et du nombre des femmes rencontrées et accueillies, le besoin est d’autant plus présent de se relier à d’autres dynamiques, d’ouvrir les portes.

L’accent est mis sur la démarche d’ouverture avec des allers-retours dedans/dehors :

  • en accueillant au Local : école esthétique voisine, atelier sophrologie, artiste plasticienne, capoeira, ateliers d’écriture…
  • en ouvrant les portes : des sorties nature-culture-loisirs…
  • en se reliant à d’autres dynamiques : des projets d’expression artistique avec d’autres structures, un partenariat avec un maraîcher local (journées maraîchage), des séjours-vacances collectifs annuels.

Des Portes Ouvertes ont lieu en 2013 avec l’implication des femmes accueillies : un temps fort d’ouverture, de valorisation et d’explicitation de l’action et de l’évolution de l’association.

Cette démarche d’ouverture se poursuit en ralliant des compétences spécifiques et complémentaires de l’extérieur (santé, accompagnement social).

Un approfondissement de l’accompagnement individuel (à partir de 2012)

Les situations personnelles vécues par les femmes sont de plus en plus diverses, complexes et touchent à de multiples problématiques (hébergement, logement, santé, administratif, juridique, lien familial…). Saturation des dispositifs, blocages, non-réponse, distance, non-recours… Les relais et les solutions se raréfient.

Dans ce contexte et de sa place d’accueil de jour, le Local des femmes montre sa nécessité en offrant un lieu tiers moins institutionnel, un lieu de soutien, et donc de nature à faciliter l’accompagnement global par les services compétents, tant pour l’accès aux droits que pour le suivi des personnes. Par ailleurs, l’association formalise des temps de permanences thématiques en partenariat avec le PoPS, le SALTo.

Un choix : le collectif, la citoyenneté, la conscientisation (à partir de 2012)

Les femmes en errance sont de plus en plus nombreuses à faire le pas de pousser la porte du Local. Les accueils prennent de l’ampleur : entre 2008 et 2011, le nombre de passages est multiplié par 2.5, le nombre de femmes accueillies augmente de 70%. Le Local ne désemplit pas par la suite…

Les situations individuelles sont différentes et en même temps se ressemblent. Dépasser ces situations individuelles pour essayer de les relier et de produire une réflexion et une action collective est un enjeu essentiel pour l’association, pour les femmes elles-mêmes et pour un changement social.

En partant de leurs vécus et des sujets qui les touchent directement, les personnes sont amenées collectivement à s’exprimer, à se confronter, à analyser, à produire de la réflexion et de la connaissance. Celles-ci peuvent alors être portées dans la société et engendrer une prise de conscience, une prise en compte, voire un changement social.

Dans ce sens, l’association a mené des projets de réflexion collective autour de la question de l’hébergement des femmes à la rue, autour du placement des enfants.

Une coordination des accueils de jour en Isère (à partir de 2013)

Des réalités, des constats et des difficultés sont partagés par les accueils de jour grenoblois. Ils sont trop isolés les uns des autres, ne pèsent pas suffisamment dans le secteur plus large de l’urgence sociale et de l’insertion et sont insuffisamment reconnus et audibles par les pouvoirs publics. Or, ils sont en première ligne avec les personnes les plus en rupture et les plus exclues.

L’association Femmes SDF initie, aux côtés de deux autres accueils de jour grenoblois (Point d’eau et le Fournil), une démarche de rapprochement entre accueils de jour. Celle-ci, avec le soutien de Un Toit Pour Tous et de la Fondation Abbé Pierre, débouche sur la création en 2014 d’une Coordination des accueils de jour en Isère, réunissant 8 structures.

Un projet collectif sur le placement des enfants (2014-2015)

Beaucoup de femmes en lien avec l’association ont ou ont eu leurs enfants placés, du fait de leur situation de grande précarité ou de vie à la rue. Ce vécu ressort souvent dans leurs mots, comme une profonde douleur, souvent portée dans une grande solitude et avec peu de soutien.

Face à ce constat amer, l’association décide de participer à un projet initié par la MRIE (Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion) autour de la question du placement des enfants, projet fondé sur un croisement des savoirs entre des parents concernés par le placement de leurs enfants et des professionnels de l’aide sociale à l’enfance.

Une réflexion parallèle a lieu à Lyon (ATD Quart Monde) et à Grenoble (Femmes SDF) avec des parents confrontés au placement de leurs enfants :

quel vécu personnel ? Quel ressenti ? Quelles conséquences ? Quelles difficultés ? Quels dysfonctionnements institutionnels ? Quels rôles réels ou attendus en tant que parent et en tant que travailleur social ? Quelles propositions d’amélioration ?

Ce travail débouche sur deux rencontres de croisement entre parents et cadres de la protection de l’enfance. Nous présentons notre travail en ouverture de la journée départementale des acteurs de la protection de l’enfance organisée par le Conseil Général de l’Isère en février 2015.

La sensibilisation continue à travers un documentaire sonore : Une fenêtre sur la rue (2014-2015)

Toujours dans l’objectif de mettre en lumière ces femmes en errance et leurs vécus, et également de donner à voir, ou plutôt à entendre, le Local des femmes et ce qui se vit dans ce lieu si particulier, un documentaire sonore est réalisée par Delphine Prat et Marie Neichel (Compagnie Les Belles Oreilles) et coproduit par l’association Femmes SDF.

Un an et demi de rencontres, de temps partagés, d’enregistrements, d’écoutes, aboutissent à la création du documentaire Une fenêtre sur la rue – Portrait sonore du Local des femmes.

Un tournant de l’association, les 10 ans du Local des femmes (2014-2015)

En 2015, le Local des femmes a 10 ans. Il représente une expérience atypique et innovante qui reste quasiment unique en France.

Ces dix ans sont un tournant pour l’association, au niveau du projet associatif et de la viabilité financière. A cette occasion, l’association choisit de faire une halte, pour se retourner sur ces dix ans, pour faire un point d’étape, pour se remettre en question et réaffirmer son identité associative.

Fidèle à ses principes et à ses objectifs, l’association met en œuvre un projet mêlant expression et mise en lumière des femmes concernées, questionnement des divers acteurs (associatifs, institutionnels, politiques, personnes en situation de rue) sur le projet, présentation des travaux et des enjeux de l’association.

Le déménagement de l’association et du Local des femmes (2016)

A partir de 2015 commence une réflexion sur le déménagement du Local des femmes et de l’association Femmes SDF dans de nouveaux locaux : le Local devient trop étroit vue l’augmentation du nombre des personnes accueillies au cours de ces 10 ans d’existence.

Les femmes s’impliquent dans la recherche des nouveaux locaux. En immaginant sa taille, sa configuration, sa situation géographique, elles ont l'occasion d'exprimer leurs besoins et de se projeter collectivement.

Après un déménagement en juin, les nouveaux locaux sont inaugurés le 18 octobre 2016 au 16 boulevard Jean Pain. Ce temps festif est l’occasion de revenir sur les missions de l’association et d’entendre les paroles des femmes en errance accueillies et accompagnées par l’association.


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